Adolphe mon grand père,résistant et croyant.

 Mon grand-père Adolphe Mandonnaud

 

Frédéric Mandonnaud, mon arrière-grand-père, était tourneur rue François-Chénieux à Limoges. Il a réalisé les pièces du clocheton de la mairie. Il avait de bonnes relations avec les compagnons du Tour de France grâce à des chefs-d'oeuvre de tournage comme "le trembleur" en vitrine chez eux. 
Frédéric a enseigné le tour à son fils Adolphe né le 28 février 1885 à Limoges, qui a été à l'école St-Joseph où il a été un élève ouvert à la foi. Adolphe a fait aussi les beaux-arts, le dessin de la façade baroque jésuite de la chapelle du lycée Gay-Lussac a été son chef-d'oeuvre d’apprentissage, mais jeune encore il se fâche avec son père et monte seul à Paris, où il survit en clochard en sculptant des marrons à l'effigie des hommes politiques de l'époque (mon fils Samuel a hérité dans un cadre tourné des 40 personnages d'époque). 
Puis il trouve du travail à Creil dans l’Oise, dans une surface de vente de jouets, et se marie avec une vendeuse, Lucie Fessard. Ils ont une fille, Blanche, ce qui réconcilie la famille. 
Ils reviennent à Limoges et il a l'idée, avec un collaborateur et son père, de monter une usine de fabrication de jouets en bois qui a eu jusqu’à 100 ouvriers rue Monmaillet, ils vendent à Paris. Comme sa femme s’ennuie, elle ouvre à son nom un "bazar Mandonnaud" qui vend les jouets et autres utilités. Mais en 1936, avec la crise et la malhonnêteté du collègue, ils font faillite. 
Grand-père Adolphe s'est beaucoup engagé avec l'Église persécutée à cette époque (loi de la séparation de l'Église et de l'État) et fut très actif comme confrère de St Vincent de Paul. Chaque année il allait faire sa retraite à La Barre avec les jésuites, "son paradis". Il avait aussi organisé un guignol et ses personnages dont il allait faire des spectacles auprès des jeunes avec beaucoup de plaisir. Pour vivre il se retrouve au bazar de sa femme. En chrétien pratiquant, à ses frais il crée des arbres de Noël à l’hôpital. Le samedi il fait dans son magasin des vitrines humoristiques sur l'actualité politique avec les objets en vente, que Limoges vient en famille voir le dimanche (les guignols de Limoges). Le magasin se déplace en ville place Wilson, et avec ma grand-mère il habite en face.
Durant la débâcle de 1940 il fait préparer à ma grand-mère chaque jour 19 couverts supplémentaires pour inviter les réfugiés à manger chez eux. Il les couche en son appartement. Il fait aussi de la Résistance dans le mouvement "Combat" et milite au N.A.P pour noyauter les organismes commerciaux de Limoges. Dans son action il en profite pour faire aux juifs un chemin sécurisé.
Leur fils, mon père Pierre, le soutient au bazar et en Résistance. La Gestapo les arrête le 8 février 1944 tous les deux et les met en prison à Limoges. 
Mon père était marié avec Andrée ma mère, ils avaient en 1944 déjà 3 enfants dont j'étais l’aîné. Ma mère avait pour docteur un praticien très ami du directeur de la prison et il a pu faire que papa soit libéré. Adolphe fut embarqué à Paris le 9 mars vers Compiègne puis le 29 mars on le voit à Sachsenhausen et enfin à Buchenwald en Allemagne où il était, selon des hommes de retour, réputé pour sa charité et sa foi. D'ailleurs un prêtre revenu nous dit qu'il se confessait et communiait quand cela était possible, mais il a fini sa vie dans les fours crématoires, début 1945. Ma grand-mère en veuve de guerre a pu demander au maire que la rue Croix-Mandonnaud soit transformée en rue Adolphe-Mandonnaud.
Effet de la Providence, dans cette rue il y a la "Bonne assiette" du collectif 87 qui sert des repas aux gens de la rue pour 1.50 euro midi et soir et le petit déjeuner gratuit, il y a aussi les studios de danse classique du Conservatoire (mon métier de base) et les permanences de la CFDT dont je fus adhérent à l'escabeau et actif.
Voilà en gros la vie de mon grand-père. Paul Mandonnaud de Limoges.

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